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UN PATCHWORK D'ARMÉNIE 8
Un petit patchwork d'Arménie: "Souvenirs d'outre-mémoire 8". La Renaissance.
Sur ces morceaux épars, plus de figures humaines. Restent les matières:
quand les pierres du rempart de la rue des Guerriers basculent vers le paysage
provençal en attendant l'érection de la montagne Sainte Victoire.
Les dentelles
printanières du moucharabieh dans les nuages, sur le fil du temps.
Quelques lettres de l'alphabet arménien (cherchez mes initiales dans l'une des trois
petites niches du tableau); le voile de mémoire sur la tête d'Ovsanna et le cœur du voyage en Arménie au centre de la toile.
Les arabesques du plat-volume dans les gestes picturaux...
Date d'émission : 2010-01-31 14:26:27 - Mise à jour : 2010-02-07 19:00:04Poster un commentaire - Lire les commentaires (0 com.)
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REMETTRE SA TÊTE SUR SES ÉPAULES (retour sur décapitation)Après avoir terminé Arménie 8: La Renaissance, je m'aperçois en rangeant et relisant notes et documents qu'un petit détail m'avait échappé.
Dans le texte: "À PROPOS DE ..." plusieurs pistes étaient évoquées concernant l'origine de la décapitation dans Arménie 7; il manquait tout simplement l'ORIGINE, la vraie ou l'inconsciente, celle qui est admirable dans son horreur.
Dans les renseignements transmis par ma mère pour construire les racines de la mémoire (Arménie 7 était déjà terminé) je tombe sur cette note: le frère de mon grand-père Hampartzoum Terzian a été décapité par les Turcs.
Cette trace ressurgit de manière brutale et impromptue et pourtant elle symbolise parfaitement la reconstruction de la mémoire perdue.
La mémoire perdure si on sait l'inventer.
Date d'émission : 2009-12-27 19:34:51 - Mise à jour : 2009-12-27 20:14:49Poster un commentaire - Lire les commentaires (0 com.)
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UN PETIT COIN
...on y voit le portrait de ma grand-mère Ovsanna qui figure sur Arménie 8 en fin d'exécution.
Sur le sol un état du tableau.
En bas à droite le tapis partagé de Mardiros attendant impatiemment son inclusion plastique (voir voyage en Arménie 5).
Date d'émission : 2009-11-15 18:27:04 - Mise à jour : 2009-11-15 18:44:10Poster un commentaire - Lire les commentaires (0 com.)
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HAY BAYKAR
PATRICK TOUCAS TERZIAN RECHERCHE TOUS NUMÉROS D'HAY BAYKAR MÊME EN MAUVAIS ÉTAT (surtout partie en arménien) POUR ACHEVER SA SÉRIE : ARMÉNIE: SOUVENIRS D'OUTRE-MÉMOIRE
E-mail : toucasser@sfr.fr
Date d'émission : 2009-08-31 19:11:49 - Mise à jour : 2009-08-31 19:13:31Poster un commentaire - Lire les commentaires (0 com.)
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24 AVRIL
Je pose aujourd'hui 24 Avril*, le 24 dans le chaos alphabétique du moucharabieh d'Arménie 8.
Inconscient, hasard et nécessité; ce 24 prend sa place ce jour. Pas hier, ni demain; c'est à ce moment de l'avancée de mon travail du moucharabieh qu'il se matérialise comme une évidence.
* 24 Avril: Journée de commémoration du génocide arménien.
Date d'émission : 2009-04-24 18:56:28 - Mise à jour : 2009-04-24 18:57:50Poster un commentaire - Lire les commentaires (2 com.)
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À PROPOS DE ...
LA DÉCAPITATION (Arménie 7: Lutte, Décapitation)*
Dans la décapitation, ressurgit la lutte et son point ultime sous la forme d'une évocation du conflit du Karabagh.
La violence, la guerre, l'écartèlement, le partage entre le réel et l'idée de la Grande Arménie. L'utopie, le traité de Sèsres. La saleté de la guerre, la volonté de survivre, les amis morts au combat. L'éblouissement de la victoire qui ne tient qu'à un fil (ici aussi).
Le retour dans la société, le réel, les héros fatigués et les héros-mausolées; la corruption, les magouilles. Au héros mort la gloire éternelle.
Le portrait de Levon* avec la Grande Arménie au front; la fusion avec la matière organique du peintre (sang et cheveux) et finalement la part d'autoportrait. L'exorcisme talisman pour continuer à le faire vivre au-delà du souvenir.
La source imaginaire* de cette décapitation comme un parallèle avec le meurtre du père, le rite sacrificiel comme une impasse certaine qu'il faut dépasser. Les cadavres et les morceaux de corps criblés d'impacts; l'Arménie fossilisée (peut-être celle à laquelle se réfère Levon dans sa lettre de prison). Le commandant Hovsep dans le col d'Omar, Levon derrière ses barreaux de prison traversant la tête décapitée à la manière des bras d'une croix tachée de sang.
Les lettres de prison, fossilisées à l'ombre des croix mortes ou des grilles multiples; froissées et emportées par le temps vers la disparition qui répondaient aux petits avions d'Hay Baykar transportant Levon dans Arménie 3* où les curés formaient des croix avec les os du génocide. La lutte en France, la clandestinité.
Sur les stalactites et les stalagmites, la putréfaction, la renaissance, le refleurissement; le temps qui passe dans le vent et les nuages. Le point ultime de l'engagement et la seule possibilité; garder le sens moral, ne pas se laisser engluer dans la barbarie par la vengeance aveugle, chasser les bas instincts pour garder la dignité et la lumière de l'Utopie.
Le combat est éclair, les évolutions lentes. La lutte est inépuisable et toujours nécessaire, comment ne pas avoir conscience de ses chaînes ô esclave? Pour un brin de beauté, supporter l'Himalaya des peines et des déchirements. Détruire et construire toujours à la limite.
*Arménie7
http://patricktoucasterzian.com/armenie/m_luttedecapitation.html
*Le portrait de Levon trouve sa source dans un portrait qui le représentait et qui fut décapité et lacéré au cutter pour marquer cette violence dans l'acte même de peindre. Mon apparition au travers a pu initier une fusion des deux portraits et la rencontre de la structure de la toile avec le bras d'honneur a exhumé une nouvelle fois la croix et le croisement (voir document ci-dessus).
*Source imaginaire: une réminiscence d'image bien des années après avoir vu les fresques roumaines dépeignant les décapitations par les Ottomans avec les têtes virevoltant dans le ciel et répandant des gouttières de sang(voir document ci-dessus). La superposition avec des images de guerres et d'actualités de têtes roulées dans la poussière et la terre; les débris de lin et de la texture de la toile.
*Arménie 3
http://patricktoucasterzian.com/armenie/m_pardonresignation.html
Date d'émission : 2009-03-01 18:51:53 - Mise à jour : 2009-03-14 19:19:35Poster un commentaire - Lire les commentaires (0 com.)
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VOYAGE EN ARMÉNIE 5
Mardiros nous propose d'aller retrouver le peintre Shota VOSKANIAN* (voir VOYAGE EN ARMÉNIE 2) dans son atelier; nous nous étions rencontrés à l'exposition de Tours (voir VOYAGE EN ARMÉNIE).
Nous arrivons devant un petit immeuble près d'un grand boulevard un peu excentré. L'appartement a été transformé en atelier, mais à la manière de Shota c'est nickel chrome! Shota nous accueille chaleureusement en compagnie du dictionnaire de Mardiros (son fils, voir VOYAGE EN ARMÉNIE 2). Il a magnifiquement installé sur la petite table basse une profusion de pâtisseries, chocolats, fruits, boissons et alcools YEAAAAAAAAAAAH dans une exhubérance de couleurs. Il nous conduit dans la chambre où le lit sert de support d'exposition à ses toiles de petit format.
Des nus de femmes couchées sur des lits, au bain, masquées dans une ambiance vénitienne riche de glacis. Dans la lumière sensuelle de la chaleur des rondeurs accueillantes; elle nous est, elles nous sont proches. L'obscur est profond et le clair lumineux caresse la peau. Dans l'étrangeté mystérieuse des sens et des phantasmes, l'harmonie des couleurs chaudes nous retient en elles dans l'écrin-décor des taches et gestes picturaux. Shota dira qu'il glorifie la FEMME, elle et elles, dans un hymne toujours renouvelé.
Avec un peintre de plus, on se lance dans une discussion très artistique avec des échanges pointus. Shota qui expose beaucoup me parle de sa filière new-yorkaise , il semble vendre correctement ce qui lui a permis d'acheter cet atelier-appartement. Le dictionnaire vivant nous aide beaucoup dans les échanges.
Et revient sur le tapis: "Patrick, tu ne m'as pas reconnu dans le film Voyage en Arménie de Guédiguian ?" voilà déjà trois personnes en deux jours qui nous parlent de leur présence dans le film. Il va falloir revisionner le film en rentrant car nous ne les connaissions pas auparavant.
Une fois bien chauds, nous nous avisons que quelques cadres vides traînent sur le sol attendant leurs œuvres. On se lance alors dans une série de portraits encadrés*; s'encadrer soi-même et sortir du cadre quel bonheur. Shota est au bord du Véronèse, si l'on ose encore le verre (le vert serait préférable) cela va mal finir.
En écrivant le blog sur Paradjanov il y a quelques jours, je suis tombé sur une photo où il pose lui-même au travers d'un cadre. Mais rappelez-vous de "Rencontre fortuite avec P..." et du taureau ailé*, il n'y a décidément rien de fortuit, mais de multiples rencontres hors-vie, hors-champs.
Dehors, la nuit tombe doucement, il fait très chaud les joues sont rouges et les fronts luisants.
La soirée est déjà bien avancée quand Shota propose de nous conduire dans son appartement; sur le boulevard nous croisons un musicien aveugle avec son écuelle qui semble une vieille connaissance des deux artistes.
Sur les trottoirs de Erevan on rencontre souvent des personnes de tous âges qui font la manche ou qui essaient de survivre en vendant de petites choses (beaucoup de personnes âgées). Système des retraites démantelé, plus de couverture santé, spéculation immobilière galopante; la vie n'est rose que pour une poignée. Mais tout va bien, il paraît qu'il y a eu des élections début 2008. Je ne vous ferais pas aujourd'hui le décryptage des malversations et achats de vote mais réfléchissez calmement, nos interlocuteurs nous interrogeaient sur le nouveau Président Sarkozy. Exprimant notre détestation de cette personne et de sa politique ils nous répondaient: "Tous les Français à qui nous posons la question nous répondent la même chose, il y a bien une majorité qui a voté pour lui?". C'est bien un problème plus général, un problème électoral, un problème de la représentation démocratique et du pouvoir confisqué. J'ai eu l'occasion d'écouter de la part d'amis arméniens une analyse très pertinente et bien informée de notre campagne électorale et de ses enjeux qui aurait éclairé nombre de nos compatriotes...
Ceci était une parenthèse lourde, mais il y a par les temps qui courent une révolte sourde qui grandit.
Dans l'appartement nous rencontrons l'épouse et la muse de Shota ainsi que son deuxième fils. Nounee travaille à l'ambassade de France et parle un excellent français qui rend la conversation plus fluide: "Est-ce que vous me reconnaissez, je jouais le rôle de la pianiste dans le film de Guédiguian?". Voyage en Arménie, toujours VOYAGE EN ARMÉNIE.
Nous visionnons le voyage des peintres et leurs facéties en France pendant l'exposition de Tours (voir VOYAGE EN ARMÉNIE). La table se recouvre de nourriture, de boissons et d'alcools. C'est un peu comme Aladin et sa lampe magique très hospitalière. Nous adressons un coucou à mon oncle Jojo (Zéphirin Terzian)* pour tenter de l'inciter à faire le voyage en Arménie.
La soirée se termine encore au petit matin et nous reprenons un taxi avec Mardiros qui saute presque en marche pour régler l'addition à notre place et enjoindre au chauffeur de nous conduire jusqu'à l'auberge de jeunesse.
Après moultes péripéties dont le fameux voyage au lac Sevan (Ce sera pour une autre fois?), et le séjour au KARABAKH chez Armen de Shushi dans une ville encore dévastée par les traces de la guerre où les façades des immeubles désossés présentent les stigmates des obus destructeurs. Une étrange et pesante ambiance dans ce Beyrouth kharabakhi où les morts semblent hanter la ville. Mais la nature et les oiseaux sont là, les anciennes demeures et les habitants bien sûr; il faut y aller voir. Bonjour à toutes celles et tous ceux qui nous accueillirent si gentiment.
Le voyage de retour est éprouvant et c'est déjà le moment de la séparation des trois lions et l'au revoir à Mardiros dans son atelier. Lorsque nous arrivons, il travaille à un portrait en morceaux couvert de verres brisés. Il a réinstallé sur sa porte les traces des souvenirs anciens axquelles se mêlent les signes nouveaux. Avant de nous séparer, il prépare un petit cadeau pour chacun de nos enfants, un fer à cheval pour le bonheur et nous déchirons un vieux tapis* en deux pour que chacun de son côté réalise une œuvre fraternelle.
À bientôt richtak Mardiros.
Redpainter
*Site français de Shota VOSKANIAN:
http://bibliotheque.univ-paris12.fr/scd/shota/shota.html
*Galerie de Shota VOSKANIAN:
http://www.aramegallery.com/shota_voskanyan.php
*Portraits encadrés dans racines de la mémoire:
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir24-4-1-1.html http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir24-4-1.html
*Paradjanov Taureau ailé:
http://patricktoucasterzian.com/armenie/m_rf_detail2_tiroir.html
*Zéphirin TERZIAN dans racines de la mémoire:
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir17-1.php?choix=9
*Le tissu partagé dans racines de la mémoire:
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir24-1-1-2.html Date d'émission : 2008-12-22 12:25:47 - Mise à jour : 2009-01-04 20:30:14Poster un commentaire - Lire les commentaires (0 com.)
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VOYAGE EN ARMÉNIE 4
Le surlendemain (ou était-ce 2 jours auparavant, mais cela a peu d'importance pour la structure du récit) nous essayons de localiser le musée Paradjanov* à l'aide du "Petit Fûté" pas du tout fûté qui réussirait à nous perdre dans une salle à manger. Après plusieurs tours de pâtés de maisons, nous hélons un couple de passants. L'homme perplexe cherche à identifier l'adresse d'après le plan, mais ça ne lui parle pas du tout et rien ne correspond. Au bout de quelques minutes il a une illumination, nous demande de patienter, il fait signe à un taxi et indique l'adresse du musée au chauffeur.
Nous commençons à sortir nos pépètes, mais là d'autorité il donne des billets au chauffeur et nous pousse dans la voiture. Il referme la portière avec un petit signe amical et on démarre aussitôt.
Le musée est à 3 kilomètres de l'indication donnée par le plan et sur la rive opposée du restaurant de cette soirée mémorable et mémorielle.
Dans la petite maison ancienne, on accède au musée après avoir traversé la cour.
J'avais pu voir une partie des œuvres à Paris quelques mois auparavant lors de la rétrospective Paradjanov dans la galerie des Beaux-Arts. Pétillant et plein d'humour, un grand facétieux qui joue avec tout dans un grand festival de matières et d'onirisme.
Des travestissements naît le sens poétique, les œuvres bricolées de la prison comme autant de cris de résistance pour survivre mentalement et pour aller plus loin. La contrainte imposée pour s'imposer des contraintes; la prison pour défricher d'ultimes frontières. On peut visionner ses films à la plastique somptueuse et sa créativité de tous les instants. Dans les bris d'assiettes, les icônes, la Renaissance, les Jocondes, les chapeaux, les auto-portraits, la maison rêvée de l'enfance nous retissons des liens culturels par tous les bouts et je pense aussi à Mardiros.
Il y a une poignée de visiteurs dans le musée; ne mourez pas idiots et essayez de le découvrir dans ses œuvres plastiques et dans ses films.
Dans l'après-midi nous retrouvons Mardiros.
Redpainter
* Musée Paradjanov : quelques œuvres:
http://www.cineclubdecaen.com/peinture/expositions/paradjanovlemagnifique.htm http://parajanov.museum.com
Interview et images :
http://armenblog.20minutes-blogs.fr/archive/2008/09/15/armenblog-vous-offre-un-documentaire-inedit-sur-sergei-parad.html Date d'émission : 2008-12-18 12:20:31 - Mise à jour : 2010-01-07 19:30:32Poster un commentaire - Lire les commentaires (0 com.)
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VOYAGE EN ARMÉNIE 3
J'élude quelques multiples, savoureux et somptueux débats fraternels avec les personnes présentes.
Se connaître et se reconnaître, naître à nouveau dans la boucle du temps.
L'alcool continue de couler à flots et l'un de nos chers visiteurs dit à Mardiros :" C'est quoi ce vin "pourri" que tu donnes à Patrick, il faut un vin de meilleure qualité pour des français." le vin de Mardiros était un vin généreux et doux, le vin "pourri" c'était de l'humour pour amener une bouteille de qualité.
Notre visiteur nous demande si nous avons mangé (il est près de 22h), nous répondons timidement non, et nous rentrons alors dans une ambiance Kusturica à laqelle ne manquent que les trompettes. Il demande aussitôt à son épouse de commander deux taxis pour transporter toute la joyeuse compagnie au restaurant pour fêter dignement l'anniversaire et les retrouvailles; il nous rejoindra plus tard après avoir réglé quelques affaires.
Nous nous engouffrons dans deux confortables taxis noirs et parcourons les rues de Erevan pour arriver dans un restaurant frais au milieu de la végétation sur les hauteurs de la ville au bord des gorges du Hrazdan. Nous sommes accueillis avec force courbettes par le maître d'hôtel comme si nous étions membres du club.
Sous la tonnelle, une table royale dressée pour trente convives (en réalité nous ne sommes que huit) avec une forêt de boissons, de vins et d'alcools. Une multitude d'entrées et de plats envahissent rapidement la nappe; plaisir des yeux et plaisir des sens réchauffant à nouveau l'atmosphère pour un grand forum géopolitique, philosophique et sociétal de l'individu à l'universel. Une lessiveuse neuronale complète pour nous rendre plus proches et effacer le temps, l'espace et les frontières.
C'est reparti de toasts en toasts pour un repas gargantuesque dans une montagne de victuailles dont le fameux et succulent khorovadz (grillade)qui nous amène jusqu'à 1h du matin.
Ici l'abondance doit faire partie de l'extrême hospitalité.
On se finit en petit comité dans un appartement sur une petite terrasse sombre et fraîche autour d'une magnifique corbeille de fruits arméniens (les meilleurs du monde! sic) avec un petit digestif (ouf!).
La discussion reprend plus intime et pour aller au tréfonds des êtres et des choses. Pour essayer d'envisager un à-venir.
Quand nous rentrons à l'auberge de jeunesse dans le 4x4 noir (clin d'œil à Voyage en Arménie)impossible de fermer l'œil pendant de longues heures. La pluie météoritique des sujets abordés, émotions, discussions, sentiments, sensations, réflexions assaille nos cerveaux. Je n'ai jamais connu un tel magma intellectuel. C'est là que revient cette forte impression guédiguienne.
Redpainter
Date d'émission : 2008-11-09 19:12:49
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VOYAGE EN ARMÉNIE 2
...À l'arrière d'une belle façade architecturale classique un peu rognée par les années, nous montâmes à l'atelier dans la pénombre en enjambant des châtons miaulant sur les marches branlantes, sous l'œil interrogateur des gamins de l'immeuble.
Derrière la grande porte repeinte, un superbe fouillis d'atelier capharnaüm comme on les aime dense et vivant, le contraire de l'américaine-savonnette si vous voulez bien me suivre sur ce terrain glissant.
L'hospitalité arménienne de notre hôte eût tôt fait de couvrir les croquis et crayons de la petite table basse de strates de mets, friandises et boissons dont le vin, le cognacq arménien, le raki pour engendrer une longue et inépuisable suite de "toasts". Depuis le toast "à notre rencontre", le toast "à l'art", le toast "à la femme", peut-être le "testoastérone"; je ne puis citer toute cette série qui se termina après de multiples rebondissements inénarrables pour le temps présent en d'autres lieux vers trois heures du matin.
Nous ouvrîmes tous les fronts de discussion à la fois dans un questionnement intense et à la volée en commençant par la visite de l'atelier et la découverte des œuvres, l'art contemporain, 1, 2, 3 portraits photographiques de notre "essence". La température extérieure était déjà chaude, mais elle ne fit que monter jusqu'au bain de vapeur et dans une belle ébullition d'idées et d'échanges. Ça volait et fusait dans toutes les langues, la traduction étant un vrai casse-tête. Mardiros parle l'arménien et le russe, Patricia le russe et Patrick trois mots d'arménien, mais entre artistes on arrive à se comprendre dans la gesticulation et le jeu.
Cependant à ce rythme effréné Patricia s'épuisa quand nous abordâmes des concepts marécageux dans la douceur de l'alcool; Mardiros prenait son téléphone en disant: "Patrick, j'appelle mon dictionnaire français (le fils de Shota VOSKANIAN*) et là en français dans le texte me le passait pour la traduction simultanée du français vers l'arménien. Le téléphone servit beaucoup cet après-midi là.
Le plus impressionnant est toujours de se comprendre sans parler la même langue, c'est une émotion de découvrir chez l'autre des préoccupations communes, des thèmes qui vous rassemblent et vous mettent à l'unisson.
Faut-il expliquer une œuvre? Assurément OUI, à condition de prendre un peu de temps dans cette époque kleenex où aller à l'essentiel va souvent au superficiel. Le discours peut-il prendre toute la place assurément NON, pourtant sa part belle et abondante rejoint simultanément l'artifice. Pour les critiques en mal de compréhension, j'ai apprécié que Mardiros me dise de la série Arménie: "ta peinture me parle profondément en tant qu'arménien tout en étant universelle." Bien au-delà du thème et des citations, inventer sa culture perdue.
On retrouve dans la création magmatique de Mardiros la vague roulante de la religion, de la politique, de l'âme, du sens, du non-sens, de la dérision, de la création cachée et persécutée et toujours le bouillonnement vital. Un petit parfum paradjanovien, les matières et les collages, les violons, les coquillages et les fleurs, les poupées, les barbelés, les cornes, les chaînes, les chiottes, les photos, les clous, les éclaboussures et Byzance; mais l'autoportrait décliné maintes fois pour un regard qui nous conduit vers le questionnement.
Découvrant l'autoportrait à lunettes derrière la grille*, la fille de Mardiros qui vit en Argentine depuis de nombreuses années téléphona immédiatement à son père en lui demandant:"Papa as-tu vraiment vieilli à ce point, c'est atroce, es-tu malade?" C'est qu'il ne faut pas confondre la création et le réel même pour une peinture empreinte d'un certain réalisme (voir aussi œuvre en cours); mais, mais il reste le questionnement. Finalement on retrouve les grilles, les trames, la dégradation autant d'échos chez Patrick TOUCAS-TERZIAN.
Je tombe sur une médaille du général Antranik* fossilisée sur une toile.
Mardiros dirige le théâtre de marionnettes de Erevan, à un moment il va nous dénicher derrière les châssis sa marionnette à son effigie couverte de ses poils de barbe (décidément, le système pileux nous occupe) et nous l'anime avec maestria. Il semble la manipuler, elle est sa marionnette et pourtant elle vit de manière autonome et troublante.
Je m'éclipse vers les toilettes de l'autre côté de l'appartement au travers d'une jungle d'objets et de déchets hétéroclites. Et là, avant d'entamer la pisse finale, j'ai un coup de foudre pour les toilettes* ouvertes et ruisselant de pâtine rouillée dans un mécanisme d'enfer.
Arrive un metteur en scène qui travaille avec Mardiros, c'est enfin l'occasion de porter un nouveau toast au théâtre, au cinéma, à l'art...
Dans la conversation, nous sommes passés aux souvenirs communs qui nous lient hors du temps et de l'espace. Des souvenirs à distance et pourtant jumeaux. Mardiros nous rapporte qu'un ami en visite dans l'atelier lui a dit: "tu produis des œuvres, il y a partout des toiles dans ton atelier, j'en possède moi-même, quand est-ce qu'elles prennent de la valeur, que tu deviens célèbre comme Picasso, Van Gogh?"
Mardiros: "Tu sais la célébrité vient souvent après la mort de l'artiste, c'est compliqué".
L'ami sort un révolver et le lui pointe sur la tempe: "c'est très simple, je peux exaucer ton souhait immédiatement si çà peut te rendre célèbre!".
En début de soirée, après un million de photos d'œuvres, de groupes, de portraits, le pudique Mardiros nous avoue qu'aujourd'hui c'est son anniversaire sous le signe du Lion, c'est le prétexte d'un mégatoast léonin où trois lions se connurent dans cet atelier dont votre serviteur.
Redpainter
*Shota VOSKANIAN peintre arménien dans racines de la mémoire:
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir24-4-1-1.html
*Autoportrait de Mardiros dans racines de la mémoire:
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir24-1-1-1.html
*Général ANTRANIK dans racines de la mémoire:
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir16.php
*Toilettes dans racines de la mémoire:
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir24-1.html Date d'émission : 2008-08-05 18:57:51 - Mise à jour : 2010-01-07 19:31:15Poster un commentaire - Lire les commentaires (0 com.)
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VOYAGE EN ARMÉNIE
C'est difficile de commencer ce qui déjà est passé.
Après avoir traversé la place de la République brûlante à Erevan, nous avions rendez-vous avec Mardiros BADALYAN*, artiste rencontré lors d'une exposition au château de Tours mêlant les œuvres des membres de l'APAF* à celles des artistes arméniens invités pendant l'année de l'Arménie en mai 2007.
Amusant quiproquo, quand pendant le vernissage, les amis responsables de l'APAF m'entraînèrent pour rencontrer des personnalités dont le ministre de la Culture (que je préjugeais arménien) qui s'était interrogé sur mes toiles.
Quelque chose dans le regard m'interpella, puis le français parfait de ce personnage m'éjecta confusément en présence de notre ministre de la Culture. Nous échangeâmes quelques propos, puis les médias le happèrent rapidement sous le crépitement des flashes des photographes.
Nous nous reconnûmes tout de suite fortuitement* et nécessairement avec Mardiros pour des raisons profondes et des enjeux cachés. Des effusions à l'arménienne à grands coups de tapes dans le dos et d'embrassades; pas du bling-bling, du contact, du vrai, du don comme le faisait Ovsanna ma grand-mère où vous saviez instinctivement au premier baiser-ventouse que vous étiez aimé. Vous la rencontrerez au hasard du site sur une peinture ou dans un tiroir des racines de la mémoire.
Il est étonnant de constater aujourd'hui ce 25 mai 2008 combien cette rencontre a été paradoxalement l'aboutissement inéluctable de ma série: "ARMÉNIE: Souvenirs d'Outre-Mémoire". L'action et la réaction du geste vers le document et du document vers le geste ont basculé ici du virtuel dans le réel et les morceaux du puzzle se sont tous connectés jusqu'au voyage en Arménie de notre cher GUÉDIGUIAN.
Doucement, le "Voyage en Arménie" de Guédiguian" c'est un film. Notre voyage en Arménie, c'est du réel.Il y a du réel dans le film, il y a de l'imaginaire dans la reconstruction de ma mémoire arménienne.
Vous ne comprenez rien, un effort mes loulous, c'est normal, c'est le dessein d'un peintre. Il faut s'investir; je donne, tu donnes et je donne quand même.
Dans une chaleur presque caniculaire, Mardiros apparut dans l'angle de la place de la République, il attendait l'autre Patrick mais ceci avait peu d'importance, les effusions reprirent...
Redpainter
*Mardiros BADALYAN
www.mardiros.am/index.html lien vers son site dans un tiroir des racines de la mémoire :
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir24.php
*APAF: Artistes Plasticiens Arméniens de France
*voir le tableau: "Rencontre fortuite avec P..." PARADJANOV
http://www.patricktoucasterzian.com/armenie/m_rencontrefortuite.html
Toilettes dans racines de la mémoire:
http://www.patricktoucasterzian.com/pages/tiroir24-1.html Date d'émission : 2008-08-04 21:00:14 - Mise à jour : 2009-01-04 20:29:36Poster un commentaire - Lire les commentaires (1 com.)